
Comment investir dans l’IA par le biais des entreprises suisses cotées ?
Nous remercions chaleureusement François Meylan, fondateur de Meylan Finance, pour cet échange éclairant consacré à un thème au cœur des enjeux actuels : l’investissement dans l’intelligence artificielle via les entreprises suisses cotées. Grâce à son analyse rigoureuse, à la fois stratégique et prudente, il nous apporte un éclairage précieux sur les opportunités, les risques et les clés de lecture indispensables pour aborder l’IA comme un véritable levier d’investissement durable et réfléchi.
Interview Meylan Finance – Investir dans l’IA
1. Pourquoi l’intelligence artificielle est-elle devenue un secteur stratégique pour les investisseurs aujourd’hui ?
L’intelligence artificielle est un vecteur de transformation peut-être sans précédent dans l’histoire de l’économie humaine. On a toujours dit, à juste titre, que l’économie repose sur de l’énergie transformée. C’est vrai. Mais nous réalisons aujourd’hui à quel point l’information et les données sont devenues essentielles à toute activité économique. Leur capacité de collecte, tout comme la vitesse de traitement, est déterminante. C’est précisément pour cette raison que l’IA est qualifiée de « vecteur de transformation ».
2. La Suisse n’est pas forcément connue comme un géant de la tech. Pourtant, existe-t-il des entreprises suisses cotées qui jouent un rôle important dans l’IA ?
Comme dans de nombreux domaines de recherche et de développement, le savoir-faire suisse offre un environnement de compétences de très haut niveau. Pour répondre plus précisément à votre question, je pense notamment aux entreprises ABB, Swiss Re, Sika, Belimo, Georg Fischer, Huber+Suhner et R&S. Nous développerons plus loin le rôle stratégique de chacune d’entre elles dans l’écosystème de l’intelligence artificielle.
3. Quelles sont les grandes catégories d’entreprises suisses impliquées dans l’IA : matériel, logiciels, santé, robotique, finance… ?
Pour les systèmes d’approvisionnement électrique intelligents, le groupe suisse ABB est particulièrement bien positionné et génère déjà environ 7 % de son chiffre d’affaires dans ce domaine. Holcim est le leader des solutions de construction à faible émission carbone pour les data centers.
Sika est présent dans plus de 1 000 data centers grâce à ses systèmes d’étanchéité. Le leader mondial de la réassurance, Swiss Re, est actif dans les couvertures d’assurance liées aux infrastructures énergétiques des data centers.
Pour les systèmes de refroidissement liquide, Belimo s’impose comme une référence. Georg Fischer se distingue par l’efficacité de ses solutions de tuyauterie, tandis que Huber+Suhner est incontournable pour les systèmes de commutation, notamment grâce à son produit breveté POLATIS. Enfin, il convient de rester attentif à l’évolution de la société suisse R&S, spécialisée dans les transformateurs électriques.
4. Parmi ces entreprises, lesquelles présentent le plus fort potentiel de croissance selon vous ?
Comme le dit l’adage, « les prédictions sont toujours difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir ». J’observerais plutôt la manière dont ces entreprises se positionnent face aux deux grands pôles actuellement en concurrence pour la suprématie en intelligence artificielle.
D’un côté, le « Complexe Google », structuré autour d’Alphabet et d’un vaste réseau de fournisseurs d’infrastructures tels que Broadcom, Celestica, Lumentum ou TTM Technologies.
De l’autre, le « Complexe OpenAI », centré sur OpenAI et soutenu par des partenaires majeurs comme Microsoft, Nvidia, Oracle, SoftBank, AMD et CoreWeave.
5. Quels indicateurs financiers ou technologiques un investisseur devrait-il analyser avant d’acheter des actions liées à l’IA en Suisse ?
L’intelligence artificielle demeure avant tout un pari. Je recommande donc de privilégier des entreprises disposant d’un bilan solide, peu endettées, avec une trésorerie confortable, et surtout qui ne dépendent pas exclusivement de l’IA. L’idéal est que l’IA représente une part encore minoritaire de leur chiffre d’affaires, afin de limiter les risques.
6. Est-il préférable pour un investisseur débutant de se concentrer sur une seule entreprise ou de diversifier ?
En matière d’investissement, la règle d’or reste la diversification. Aucune entreprise n’est insubmersible. Les exemples d’« anges déchus » sont nombreux : Swissair, Lehman Brothers, Credit Suisse ou encore MCI WorldCom l’ont démontré.
Plus récemment, le géant des cryptomonnaies FTX, valorisé jusqu’à 32 milliards de dollars, s’est effondré en quelques jours à la suite d’une faillite frauduleuse. Le secteur de l’IA n’est pas à l’abri de la mauvaise gestion ni de l’escroquerie. Diversifier reste donc essentiel.
7. L’IA est parfois perçue comme un secteur risqué. Quels sont les principaux risques à connaître ?
Comme pour les moteurs de recherche à leurs débuts (Google, MSN, etc.), il y aura beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Il s’agit d’un secteur encore instable, marqué par des évolutions rapides et parfois brutales.
Par exemple, le modèle français Gemini 3 a récemment surpassé les modèles d’OpenAI (Microsoft) sur le plan technologique. Sur le plan financier, l’IA nécessite des investissements considérables, et toutes les entreprises n’atteindront pas la rentabilité. Certaines seront rachetées, d’autres disparaîtront.
L’exemple de l’américaine C3 AI, fondée par Thomas Siebel, est parlant : malgré des contrats avec l’armée américaine et le département de la Santé, son action est passée de 160 dollars en 2021 à moins de 13 dollars aujourd’hui.
Au-delà des enjeux financiers, les questions éthiques sont majeures. Sans régulation rapide, l’IA pourrait ouvrir des voies dangereuses, notamment pour le crime organisé. Le contrôle massif des données personnelles par certaines multinationales, comme Palantir, soulève également des problématiques de conscience et de responsabilité. L’investissement dans l’IA doit donc se faire avec discernement et accompagnement. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rôle futur d’acteurs chinois tels que Tencent, Baidu ou Alibaba, qui capteront probablement une part significative du marché mondial.
8. Existe-t-il des ETF ou fonds suisses ou européens intégrant des entreprises helvétiques actives dans l’IA ?
L’institut financier franco-allemand ODDO BHF gère depuis 2020 un fonds dédié à cette thématique, avec de bons résultats. Toutefois, les entreprises suisses n’y sont pas encore intégrées, à ma connaissance.
De notre côté, nous structurons des placements à un an, offrant des coupons à deux chiffres, en grande partie non soumis à la fiscalité. En matière de placement indirect et diversifié dans l’IA, le potentiel de développement reste important.
9. Comment un investisseur peut-il rester informé des avancées technologiques et réglementaires en Suisse ?
Je recommande notamment les plateformes d’investissement généralistes telles que Café de la Bourse et Zonebourse. Pour la Suisse plus spécifiquement, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) met à disposition de nombreuses informations pertinentes sur l’évolution technologique et réglementaire.
10. Quel est votre principal conseil pour investir dans l’IA tout en restant prudent ?
Limiter l’investissement direct ou indirect dans l’intelligence artificielle à une part raisonnable de la diversification globale du portefeuille, et surtout se faire accompagner par des professionnels compétents.
Meylan Finance – François Meylan
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